Les confidences du prof Hervé Filion n’est plus

23 juin 2017 | Les confidences du prof | By : Daniel Delisle

Étrange concours de circonstances ces jours-ci avec la mort annoncée de la première grande vedette nord-américaine issue du Québec, en M. Hervé Filion. Au même moment ou presque, John Campbell annonçait la fin de sa carrière sur le sulky, geste imité ces jours derniers par Bil O’Donnell. Ces trois légendes nous font tourner une page importante sur l’histoire des courses dans la 2e moitié du vingtième siècle.

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Hervé a donné le ton

 

Hervé Filion, à n’en pas douter a été la première grande vedette du sulky à se hisser au sommet de son sport, non seulement au Québec et au Canada, mais surtout aux États-Unis. À ce titre, il a été un précurseur, celui qui a ouvert ensuite la voie à tous ses frères, à son neveu Sylvain, à Michel Lachance, à Luc Ouellette, à Daniel Dubé, à Yannick Gingras et à tous ceux qui suivront ses traces. Il a donné le ton à toute cette pléiade de conducteurs nés au Québec, capables de s’illustrer partout en Amérique et à rivaliser avec les meilleurs.

 

C’est à 13 ans (!) qu’Hervé a gagné sa première course à Rigaud, amorçant une longue carrière qui l’amènera, lui, l’aîné d’une humble famille d’Angers, à dominer sa profession pendant plusieurs décades. Ses 15 183 victoires ont été longtemps le point de mire de tous ceux qui espéraient battre cet extraordinaire record. Il aura fallu attendre 2012 et David Palone pour l’éclipser. Hervé d’ailleurs détient toujours le 3e rang de cet illustre classement. Membre du Temple de la Renommée, autant au Canada qu’aux États-Unis, il y fut introduit alors qu’il était encore en milieu de trentaine.  Un autre exploit en soi.

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Un horaire singulier

 

Au plus fort de sa carrière, Hervé Filion conduisait à deux pistes pratiquement chaque jour; dans l’après-midi au New Jersey, en soirée à New York, soit à Roosevelt  ou à Yonkers et il effectuait le trajet en hélicoptère ! Il lui est même arrivé de reprendre l’hélicoptère derrière le tableau des cotes, hélicoptère qui l’amenait à l’aéroport d’où il pouvait s’envoler pour le Canada, à Greenwood par exemple.  Un régime de vie extrêmement exigeant, on en conviendra.

 

Des records de victoires en une saison, il en a établi plusieurs. Seize fois, il fut le conducteur avec le plus de victoires en Amérique, trente fois parmi les cinq premiers et il a été le conducteur ayant amassé le plus d’argent en une saison, sept fois. En 1968, il a gagné 637 courses, une marque qui a tenu le coup jusqu’en 1986, lorsque Michel Lachance a réussi à le rejoindre. Deux ans plus tard, Hervé reprenait sa couronne, cette fois avec 798 victoire et poussa son sommet personnel à 814. Des chiffres hallucinants.

 

De bons chevaux aussi

 

Hervé Filion aura durant sa carrière gagné à peu près toutes les grandes courses, avec de gros noms comme Nansemond qui réussit à battre Albatross dans le Little Brown Jug. Hot Hitter gagna aussi le Jug sous sa férule en 1979. En 1986, aux guides de la grande jument québécoise Grades Singing il emporta le Maple Leat Trot, l’American Trotting Championship et la Breeders Crown pour les juments trotteuses.

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Les honneurs furent aussi très nombreux : outre ses nominations aux deux Temples de la Renommée, il faut mentionner le trophée Lou Marsh en 1971, remis chaque année au meilleur athlète canadien tous sports confondus; il a aussi reçu la Médaille d’Honneur des mains du premier ministre de l’époque, Pierre E Trudeau et on ne parle pas de tous les trophées qui lui furent remis par la USTA, la CTA ( aujourd’hui Standardbred Canada ) et la Harness Tracks of America.

 

En conclusion

 

C’est une légende qui s’est éteinte hier à l’âge de 77 ans. Ses enfants ont écrit sur Facebook cette notice émouvante :  » Dieu a vu que tu étais de plus en plus fatigué et qu’il n’y avait plus de cure possible pour toi. Il t’a enlacé et t’a murmuré ‘ viens me rejoindre’. Notre père Hervé Filion a traversé la ligne du finish en champion… »

 

Au nom du Club Jockey du Québec,  nos plus sincères sympathies à la famille Filion.

 

NDLR   Notes biographiques extraites de l’article paru jeudi sur le site de Standardbred Canada, lesquelles notes étaient elles mêmes un résumé des textes du Temple de la Renommée.

 

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